Parrain de Parlons Football, Jérémie Janot nous a accordé une interview exclusive pour le lancement du projet. L’occasion d’évoquer énormément de sujets, de l’Equipe de France aux supporters en passant par le PSG.

PARLONS COUPE DU MONDE

Parlons Football : Jérémie, on va évidemment commencer par l’actu bouillante, la coupe du monde de cet été. Qui vois-tu gagner le Mondial, et jusqu’où vois-tu les Bleus aller ?

Jérémie Janot : Il y aura forcément l’Espagne, le Brésil, le Portugal, et toutes les grandes nations. Je pars aussi du principe que le pays organisateur fait toujours un bon parcours, donc je vois la Russie briller, et je pense aussi qu’une équipe africaine fera un joli parcours – pourquoi pas le Maroc d’Hervé Renard ? A mon sens on se rapproche du jour où une équipe africaine va gagner la coupe du monde. Ils ont un tel vivier de talent, et des infrastructures qui s’améliorent d’année en d’année. Après pour les favoris, ça va aussi pas mal dépendre de l’état de forme des formes des grands joueurs qui ont fait beaucoup de matchs cette saison. Il faut voir avec quelle fraicheur phyisque arriveront Griezmann, Messi, Ronaldo etc. En ce qui concerne les Bleus, je les vois atteindre les demi-finales.

PF : Justement, on voit beaucoup de débats autour des Bleus récemment, sur leur capacité à vraiment être convaincant et à se mettre dans la peau d’un vrai gros favori. Qu’est-ce que tu penses de cette équipe ?

JJ : Je ne sais pas si les Bleus ont la meilleure équipe, mais ils ont certainement un des groupes les plus homogènes, avec un ou deux joueurs qui peuvent être titulaires à chaque poste. Donc quand les uns vont remplacer les autres, l’équipe ne va pas s’affaiblir, et ça c’est très important avec les aléas d’une compétition (suspendus, blessés…). Je pense que la France est armée pour ça. Après, il y aura toujours les débats « pourquoi lui et pas un autre », mais surtout on a une équipe solide, complète, qui a 19-20 titulaires sur les 23. D’autres nations ont peut-être un meilleur 11, mais pas un meilleur groupe. Ca doit être notre force.

PF : Tu penses que l’Equipe de France a le meilleur banc du tournoi ?

JJ : J’aime pas trop le mot banc, je préfère le mot groupe. Quand on parle de banc, on dirait que les mecs dessus vont jamais jouer. Regarde au milieu par exemple, t’as un vivier de mecs hallucinant. Ils jouent dans des gros clubs, ils performent… Ca ne peut être qu’un plus. Moi honnêtement j’y crois [à la victoire des Bleus]. Pour moi, on fait partie du Top 4.

PF : A ton poste, c’est une nouvelle fois Hugo Lloris qui va garder nos buts. C’est un choix que tu valides ?

JJ : C’est le gardien qui joue dans le plus grand championnat, dans un très bon club, qui a beaucoup d’expérience européenne, énormément de sélections, et qui a fait un super Euro. Il est numéro 1, et c’est un très bon gardien.

PF : A titre personnel, ton meilleur souvenir de coupe du monde, ce serait quoi ?

JJ : La première coupe du monde que j’ai suivi, c’est 1986 avec Joël Bats qui a flambé. Après évidemment France 1998, mais globalement j’ai toujours tout le temps suivi les coupes du monde. Déjà quand t’aimes pas le foot tu suis ça, alors quand t’es un passionné… C’est là que tu te régales, que tu vois des nouveaux talents émerger. Je me souviens par exemple de « Toto » Squillaci en 1990. C’est cette nostalgie de quand t’étais enfant qui revient, c’est ça que j’adore à la coupe du monde.

PF : Et ton pire souvenir ?

JJ : La finale 2006, je la voyais putain… L’Italie n’a pas volé sa victoire, mais ça aurait été tellement beau de la gagner. C’est très frustrant.

PARLONS CLUBS

PF : On va passer aux clubs, à commencer par notre championnat. La Ligue 1 semble se renforcer récemment, avec notamment un quatuor de tête d’un très haut niveau. Par rapport aux années 2000 que toi tu as bien connu, est-ce que tu dirais que le foot français se porte mieux ?

JJ : Je ne suis pas nostalgique, je pense qu’il faut vivre avec son époque. Quand j’ai joué, c’était l’hégémonie de l’Olympique Lyonnais, qui était alors le club le plus riche. A part quelques rares exceptions, c’est souvent le plus riche qui gagne, et ce n’est pas forcément péjoratif. Maintenant il y a le PSG, Monaco, Lyon, Marseille… Je pense que c’est une bonne chose et que ça tire le championnat vers le haut. De plus en plus de grands joueurs arrivent, plus de stars, plus d’affiches. Si les droits télé viennent d’exploser, c’est pas pour rien. Il faudrait juste davantage briller sur la scène européenne, même si ça vient. Il y a de la qualité, Monaco a par exemple vendu pour 600 millions depuis que Jardim est là !

On a trop souvent cette propension à s’auto-flageller. On dit « la Ligue 1 c’est nul, c’est ci, c’est ça », mais moi je regarde des matchs dans les championnats européens, et il y a des purges aussi ! Quand tu regardes Real-Barca, tu te dis « l’Espagne c’est fabuleux », mais non : Real-Barca c’est fabuleux, mais il y aussi des purges.

PF : Tu parlais des clubs français parfois à la peine en Europe. Justement, le PSG a choisi Thomas Tuchel pour enfin franchir un cap. C’est un bon choix à ton sens ?

JJ : C’est comme quand on a remplacé Laurent Blanc par Emery, c’est les résultats qui nous diront si c’est un bon choix… Emery avait été recruté pour ça, et même si tout n’est pas de sa faute et que je l’adore, malheureusement ça n’a pas marché. Pour Tuchel, au niveau de sa qualité, son étoffe, je n’ai aucun doute sur lui.

PF : J’imagine que tu as regardé la finale de la Ligue des Champions, marquée par les deux énormes boulettes de Karius. En tant que gardien, qu’est-ce que ça t’inspire ?

JJ : Comme je dis tout le temps, il n’y a pas de vaccin contre la boulette, et elle arrive toujours quand on s’y attend le moins. Pour Karius, il y a deux cas de figure : soit il va s’effondrer et malheureusement on va le perdre, soit il arrive à surmonter ça et en faire une force, et ça peut être très intéressant. Notre poste est cruel : tu peux être le héros, mais aussi très vite être le zéro. Après j’ai bien aimé sa réaction, comme il a été applaudi, et tant mieux ! Ca reste du sport. A partir du moment où le foot devient une question de vie ou de mort, je suis pas d’accord. C’est super important, mais ça reste aussi de l’humain. Le lendemain de la boulette de Karius, le soleil s’est levé quand même.

PARLONS SUPPORTERS

PF : On est aussi un média qui se veut défenseur et représentatif de la culture des supporters, trop souvent maltraités dans ce pays. On sait que toi tu étais un joueur avec une relation particulière avec eux. Qu’est-ce que tu penses de la répression qui les touche en France ?

JJ : C’est compliqué… On a bien vu ce qui s’est passé avec les supporters stéphanois à Monaco, ça crée plus de situations emmerdantes qu’autre chose. Je fais le parallèle avec les fanzones, quand je bossais sur l’Euro 2016. A un moment, on a dit « il faut interdire les fanzones, ce sera trop dangereux », et puis finalement on s’est rendu compte qu’en ayant une bonne organisation, il n’y a eu aucun problème. Surtout, le foot doit rester une fête. Un derby sans supporters lyonnais ou sans supporters stéphanois, c’est pas un derby.

PF : Tu es présent sur Twitter, que ce soit pour chambrer ton pote Patrick Guillou ou interagir avec les fans. C’est quelque chose d’important pour toi de garder contact avec eux ?

JJ : Je suis dans la vie comme je suis sur Twitter, je suis spontané. L’autre jour je suis allé à la déchetterie, et les gens étaient surpris de me voir. Mais non, je suis monsieur tout le monde, j’ai juste eu la chance de vivre mon rêve de joueur. Quand les gens me croisent, ils m’apprécient parce que je ne me prends pas pour un autre. Quand tu vois Zizou qui ne prend personne de haut, comment toi, simple joueur de Ligue 1, tu le ferais ? J’aime être spontané et parler avec les gens.

PF : Justement, tu es quelqu’un de très populaire à Saint-Etienne, et même respecté par certains supporters rivaux (notamment marseillais, niçois…). Comment tu l’expliques ?

JJ : Je pense sincèrement que les gens ont ressenti sur le terrain ce côté du gamin qui vit son rêve. Ca n’a jamais été surjoué. Quand les mecs gueulaient « oh hisse enc*lé » sur les six mètres, quand je les chambrais, quand je leur envoyais des bisous… Quand ça chantait « Janot montre-nous ton cul », je le faisais ! Et je les entendais rigoler. Même moi, ça me faisait rire. Quand je revenais aux vestiaires certains me disaient « t’es un barjot, tu montres ton cul ». Mais si tu kiffes pas à ce moment là, tu kiffes jamais. Après, ça ne m’empêchait pas de tout faire pour mon club. Mon credo c’est être sérieux sans se prendre au sérieux. Je faisais mon travail à fond, j’avais une vie de moine pendant ma carrière – et c’est pour ça qu’elle a duré longtemps. Je donnais le maximum sur le terrain, et je pense que les gens l’ont ressenti, partout où je vais. En fait j’ai l’impression d’être le papa de tout le monde (rires). Les gens ne sont pas dupes, ils savent que ce n’est pas joué. Et moi ça ne me dérange pas du tout, je suis quelqu’un de tactile, il n’y a pas de soucis.

PF : Comment aimerais-tu que les amoureux de foot se souviennent de Jérémie Janot le joueur ?

JJ : Comme quelqu’un de simple et honnête. Et un bon gardien. Je sais que je n’étais pas le meilleur gardien, mais j’étais un bon gardien de Ligue 1. Quand tu restes 10 ans titulaire et performant dans un club de Ligue 1, c’est que tu es un bon gardien. Je ne me suis jamais pris pour Fabien Barthez ou Buffon, mais ma fierté que j’ai c’est que j’ai exploité 120% de mon potentiel. Si au premier jour de ma carrière, on m’avait dit « tiens une feuille blanche, écris la carrière que tu souhaites avoir », je n’aurais pas écrit celle-ci. Elle a été bien plus belle que ce que j’imaginais.

PARLONS FAST

PF : Ton joueur actuel préféré ?

JJ : N’Golo Kanté

PF : Ton joueur retraité préféré ?

JJ : Diego Maradona… D’ailleurs attends, j’ai une anecdote de fou avec lui ! Je dois faire un match à Dubaï, je vais là-bas, et il y est. La sécurité nous dit « impossible de faire une photo avec », il y avait trop d’effervescence. Et moi je suis là, j’avais son poster dans ma chambre en 86, et je me dis « je peux pas faire de photo avec ? » Je vais voir le garde du corps, je lui dis « écoute, va juste dire à Diego que j’ai appelé mon fils Diego en hommage à lui », alors que c’est pas vrai, mon fils s’appelle Lenny. Mais il fallait trouver un truc ! Maradona est venu et j’ai eu ma photo avec. Mais oui, c’est mon idole de jeunesse. Elle vient d’où la patte gauche tu penses ? (rires) Et j’ai même la même taille que lui presque !

PF : Ton stade préféré ?

JJ : Geoffroy Guichard.

PF : Ton ambiance préférée ?

JJ : Geoffroy Guichard, et un clin d’œil au Stade du Ray de Nice.

PF : Le joueur le plus chambreur ?

JJ : Geoffrey Dernis. Qu’est-ce que j’ai rigolé avec ce salopard…

PF : Le plus impressionnant sur un terrain ?

JJ : Celui avec qui j’ai joué c’est Pascal Feindouno, et celui contre Ronaldinho.

PF : Le plus beau moment de ta carrière ?

JJ : Mon retour à Nungesser à Valenciennes, où j’ai grandi et où je n’ai pas été gardé car trop petit. Et j’y reviens capitaine avec l’AS Saint-Etienne. C’était un super moment, surtout pour ma famille.

PF : Pour terminer, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour le futur ?

JJ : La santé. C’est con, mais moi je demande juste la santé pour mes enfants, ma femme, ma maman et moi. Quand on a ça, le reste, on trouvera toujours à se démerder.

Parlons Football remercie Jérémie Janot pour sa disponibilité et sa bonne humeur !