L’entame de Mondial a été très laborieuse pour les cinq grands favoris de ce Mondial : Brésil, Espagne, Allemagne, France et Argentine. Faut-il tirer la sonnette d’alarme ? Décryptage tactique.

Le bilan du Big 5 de ce Mondial est très terne : 1 défaite pour l’Allemagne, un nul pour le Brésil, 1 nul et une victoire étriquée pour l’Espagne, un nul et une humiliante défaite pour l’Argentine…. Certes, la France a gagné 2 fois ; on conviendra cependant que la manière n’y était pas forcément, et l’opposition pas insurmontable.

Pressing, où es-tu ?

Une grande tendance tactique se dégage chez les vainqueurs des dernières grandes compétitions européennes : la capacité à récupérer le ballon à hauteur de la ligne médiane, pour lancer une attaque rapide à 2 ou 3 touches de balles. L’Atlético et le Real Madrid, vainqueurs des deux coupes d’Europe cette année, en sont l’illustration parfaite.

Dans le contenu de ce qu’a montré le Big 5 lors de leurs premiers matchs, on en est très loin. Samedi dernier face à l’Australie, on a tous vu Antoine Griezmann lancer une course de pressing non suivie ; puis se résigner totalement. L’Allemagne s’est également fait prendre dans l’engagement face à des Mexicains déchaînés.

France-Australie : le trident Dembele-Mbappe-Griezmann n’esquisse pas la moindre intention de gêner la relance adverse. Source : BeIN Sports

L’Argentine, quant à elle, n’a jamais su accélérer pour déstabiliser un bloc islandais bien organisé, qui se procurait les meilleures occasions en contre. Même constat lors de leur déroute face aux Croates. Le Brésil, hormis 30 premières minutes d’excellente facture, est peu à peu tombé dans ce faux rythme, dénominateur commun du Big 5. Tite, le sélectionneur Brésilien, a pourtant installé un système de pressing moderne, sur le modèle Atlético, qui a fait ses preuves en phase de qualifications pour le Mondial – que le Brésil a survolée. Pour ce match d’ouverture contre la Suisse, on n’a pas reconnu ce Brésil nouvelle formule : comme un symbole, le milieu tout terrain Paulinho a pêché dans son abattage à la récupération. La comparaison est peu flatteuse avec l’activité de son vis-à-vis suisse, Granit Xhaka.

La zone d’activité de Paulinho, et son homologue Xhaka. Source : sofascore.com

 

Les mêmes déficits d’engagement sont imputables aux Argentins, ici représentés par Di Maria dans son duel face à Sigurdsson.  Source : sofascore.com

Écartons néanmoins l’Espagne de cette analyse, auteur d’un match superbe contre leurs voisins Portugais puis dominatrice face à l’Iran. Notons aussi que les Bleus ont marqué leur unique but face au Pérou grâce à une phase de pressing réussie, signe de son importance : le travail spécifique mis en place par le staff de l’équipe de France cette semaine a porté ses fruits.

Ô Capitaine ! mon Capitaine !

Si la France, le Brésil, l’Argentine et l’Allemagne peuvent manquer d’engagement, ce n’est pas du ressort du staff technique. Ces nations possèdent toutes un système tactique rôdé, avec des sélectionneurs en place depuis longtemps (Löw et Deschamps en tête). Les joueurs français, par exemple, ont même concédé que les consignes étaient de déclencher un pressing lorsque les Australiens relançaient sur les côtés – pour les bloquer en entonnoir. Échec, message brouillé.

On peut alors se poser la question du meneur d’homme : le capitaine qui va haranguer ses troupes pour remettre ses coéquipiers dans le droit chemin. Manuel Neuer a la lourde tâche de succéder à Philipp Lahm, monstre sacré du football allemand. La France a également un capitaine gardien : Hugo Lloris, en place depuis 2014. Le message du gardien est-il audible sur le terrain ? Les équipes championnes du monde avec un gardien capitaine sont très rares. Exception à la règle : Iker Casillas a porté la Roja au sommet en 2010 – mais l’Espagne disposait également de leaders très expérimentés sur toutes les lignes : Puyol, Xavi, David Villa.

L’Allemagne actuelle, rajeunie, manque d’aboyeurs pour relayer le message du gardien-capitaine. La France également – elle qui dispose du plus jeune effectif du Mondial. Et, sans faire offense à Hugo Lloris on est loin de l’aura d’un Casillas. Après 11 ans de carrière professionnelle, Lloris ne compte qu’une seule ligne au palmarès : la Coupe de France 2012, remportée face à l’US Quevilly.

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Hugo Lloris, capitaine abandonné ?

L’Argentine est emmenée par Lionel Messi. Leader technique certes, mais qui partirait à la guerre avec Messi ? En 2014, Javier Mascherano était le leader officieux qui emmenait l’Albiceleste en finale du Mondial. A 34 ans aujourd’hui, sur le déclin, il ne peut plus endosser ce rôle. Messi pris au marquage constamment par 2 joueurs, aucun Argentin semble capable de prendre une initiative salvatrice. Et l’Argentine file droit vers un fiasco.

Le Brésil, quant à lui, installe même un capitanat tournant ! C’est ce que Tite a annoncé – Marcelo portait le brassard au premier match, et il tournera à chaque match. Neymar déclare refuser le capitanat ; Thiago Silva a usé son crédit en 2014. Le Brésil sortira probablement de sa poule à la faveur d’une adversité faible ; mais à qui reviendra le fardeau du brassard lors des matchs couperets ?

Encore une fois, parmi le Big 5, c’est l’Espagne qui fait exception. Sergio Ramos tient ses hommes d’une main de maître, et l’incident Lopetegui est presque déjà oublié. De là à en faire le vrai favori du Mondial ? Il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement.

Le décalage des pics de forme

Dis-moi qui est ton capitaine : je te dirai si ton équipe est prête à partir au combat. Mais dis-moi également quelle a été ta préparation physique !

Les « petites équipes » telles le Mexique, la Russie, ou encore l’Iran, ont programmé leur préparation physique pour être à 100% dès le premier match. C’est admirable, mais tout porte à croire qu’elles ne tiendront pas sur la distance d’un mois de compétition.

Les grandes équipes sont programmés pour sortir des poules, et atteindre leur pic de forme au moment des 1/4 de finale. Pas de panique, donc : les grandes nations, même en manque de leaders, seront au rendez-vous. A priori.