Berceau du football, l’Angleterre entretient un rapport aussi passionnel que tragique à la Coupe du Monde. Voilà 52 ans que les Anglais attendent un nouveau sacre suprême, endurant les échecs sans jamais désespérer. 52 ans qu’ils continuent à transmettre leur passion, leurs espoirs, et leurs doutes aussi, de génération en génération. 52 ans qu’ils parcourent le monde entier, toujours aussi fidèles et nombreux, entonnant God Save The Queen ou Football’s Coming Home avec une fierté qui jamais ne s’atténue. 52 ans, enfin, qu’ils vivent des moments d’exception, oscillant entre bonheur et cruelles désillusions. Pour vous, nous avons recensé les 5 moments les plus forts de l’histoire de l’Angleterre en Coupe du Monde.

1966 – Geoff Hurst pour l’éternité

L’Angleterre accueille le Mondial pour la première fois de son histoire en 1966. Pour l’occasion, les Anglais, pas franchement favoris au début du tournoi, ont assemblé une équipe solide avec une ossature qui deviendra légendaire. Devant l’immense Gordon Banks dans les buts, Jack Charlton et Bobby Moore forment une charnière d’excellente facture. Nobby Stiles contrôle le milieu, tandis que Bobby Charlton joue devant en soutien du duo Geoff Hurst – Roger Hunt. Après avoir disposé du Portugal d’Eusebio en demi-finale, les Anglais retrouvent la RFA en finale, devant pas moins de 97.000 spectateurs dans le temple de Wembley.

Le match est de grande qualité, et l’Angleterre pense filer vers le trophée Jules Rimet grâce à des buts de Hurst et Peters en réponse à l’ouverture du score précoce de Haller. Mais sur la dernière action du match, Wolfgang Weber égalise et pousse le match en prolongations. A l’époque, aucun changement n’est autorisé, et un match nul à l’issue des 120 minutes entrainerait un replay de la finale. Malgré la fatigue, les Anglais font le forcing, et à la 101ème minute, sur un centre de venu de la droite, Geoff Hurst marque un but devenu mythique. Sa frappe en pivot s’écrase sur le dessous de la barre et rebondit sur la ligne, sans jamais la franchir entièrement. Pourtant, l’arbitre accorde le but. L’Allemagne ne s’en remettra pas.

A la 120ème minute, Geoff Hurst, encore lui, corse l’addition d’une mine surpuissante à l’issue d’une contre-attaque qui aurait bien pu être perturbée. Certains fans pensent en effet que le match est fini et envahissent le terrain. Pas de quoi empêcher Hurst de fusiller le portier et s’offrir un triplé. Il reste d’ailleurs à ce jour le seul joueur à avoir réussi une telle prouesse en finale. L’arbitre siffle, pour de bon. L’Angleterre est championne du monde pour la seule et unique fois de son histoire.

1970 – Gordon Banks écœure Pelé

4 ans après leur sacre, les Anglais remettent leur titre en jeu au Mexique. Les observateurs affirment que l’équipe anglaise, qui a conservé son ossature et ajouté de jeunes pépites, est encore meilleure qu’en 1966. Lors de la phase de poules, l’Angleterre affronte le Brésil, dans un match qui sera a posteriori défini comme la finale avant l’heure. En difficulté, le rouleau compresseur brésilien se heurte à une défense anglaise héroïque, à l’image de Bobby Moore, auteur d’un tacle mythique dans sa surface, et surtout de son gardien Gordon Banks. Sur une énorme tête de Pelé, le dernier rempart de l’Angleterre sort l’une des plus belles parades de l’histoire du football, depuis passée à la postérité.

Les Brésiliens l’emporteront finalement 1-0 grâce à un but de Jairzinho. Malgré tout, l’Angleterre obtient son billet pour les quarts de finale, où elle verra la compétition s’arrêter net. Banks malade, les Anglais s’inclinent face à la RFA, qui prend ainsi sa revanche de la finale de Wembley. Le Brésil sera finalement champion du monde.

1990 – Les larmes de Gascoigne

20 ans plus tard, après avoir vu son rêve brisé de nouveau par les deux facettes de Diego Maradona en 1986, l’Angleterre aborde le Mondial italien avec un groupe prometteur, autour d’un mélange entre la génération Gary Lineker et les nouveaux venus comme Paul Gascoigne. A 23 ans, le trublion « Gazza » affiche un niveau exceptionnel. Les Anglais se reconnaissent dans ce joueur issu de la classe ouvrière, blagueur, bon vivant et capable de coups de génies sur le terrain à défaut d’en avoir toujours en dehors. Une fois, en réponse à George Best qui lui dit « le numéro sur ton maillot est le même que ton QI, Gazza », Gascoigne répond : « C’est quoi un QI ? »

Mais bientôt, le rire laisse place aux larmes. Dans une demi-finale à couteaux tirés face à l’Allemagne, l’Angleterre arrache les prolongations sur un but tardif de l’inévitable Lineker. Lors des 30 minutes supplémentaires, Gascoigne, sous la menace d’une suspension pour la finale en cas de carton jaune, se rend coupable d’un tacle trop appuyé. L’arbitre met immédiatement la main à la poche, et l’avertit d’un carton jaune synonyme de suspension. Immédiatement, Gascoigne se décompose et les larmes lui montent aux yeux. Gary Lineker, qui passait par-là, voit son coéquipier complètement perdu et demande au coach Bobby Robson de garder un œil sur lui.

Il n’y aura finalement pas le regret d’une finale ratée pour Paul Gascoigne, puisque les Anglais finiront par s’incliner lors de la séance de tirs aux buts. Mais partout en Angleterre, le pays n’a d’yeux que pour son héros. Les larmes du joueur ont ému la nation entière, et la Gazzamania est en marche.

1990 – Stuart Pearce et la rédemption

Outre les larmes de Paul Gascoigne, ce mythique Angleterre-Allemagne de 1990 est aussi resté célèbre pour l’histoire autour de Stuart Pearce. Irréprochable défenseur des Three Lions, celui que l’on surnomme « Psycho » en raison de son style de jeu pour le moins viril est le malheureux fautif lors de la séance de tirs aux buts de Turin. Il rate le 4ème pénalty des Anglais, les précipitant vers la défaite.

6 ans plus tard, lors des quarts de finale de l’Euro 96 disputé en Angleterre, une nouvelle séance de tirs aux buts se profile pour l’Angleterre face à l’Espagne. Fidèle à lui-même, Stuart Pearce ne se défile pas. Il envoie un missile dans le but ibérique, et évacue 6 ans de frustration en hurlant son soulagement, faisant se déformer son visage dans un mélange de rage et de larmes. Iconique.

Malheureusement pour les Anglais, la demi-finale de l’Euro 96 est un bis repetita du Mondial 90. L’Allemagne en face, des prolongations, des pénaltys, et une défaite qui brise les espoirs de titre international à domicile. Mais cette fois, les supporters anglais en sont convaincus, c’est sûr : 1998 sera l’année de la consécration.

1998 – Le raid solitaire de Michael Owen

Après 1990 et 1996, l’Angleterre est persuadée d’avoir les armes pour soulever la Coupe du Monde en France. Malgré l’absence surprise de Paul Gascoigne dans la liste des 23, les Three Lions atteignent les huitièmes de finale, où ils retrouvent l’Argentine au stade Geoffroy-Guichard. Ce match, l’un des plus beaux du Mondial, est marqué par le rush de Michael Owen. Alors âgé d’à peine 19 ans, le jeune espoir du football britannique part du milieu de terrain et s’amuse de la défense argentine.

Seulement voilà, vous commencez à en avoir l’habitude, les choses vont mal tourner pour l’Angleterre. David Beckham écope d’un carton rouge, et les Argentins l’emportent 3-2. Une nouvelle désillusion, auxquelles d’autres succéderont dans les Mondiaux suivants. Jusqu’à cette Coupe du Monde russe, avec, comme toujours, l’espoir d’une nation entre les mains des Three Lions…