Cet été, c’est coupe du monde. Logique, donc, de consacrer notre premier flashback à un des matchs les plus mythiques de cette compétition. Logique, aussi, quoiqu’un peu chauvin, de choisir l’un des combats les plus fameux de l’histoire du football français. France – Brésil. Une affiche de rêve pour un quart de finale de coupe du monde épatant, disputé le 21 juin 1986 à Guadalajara devant plus de 65.000 personnes.

C’est un match qui est de ceux qui marquent l’histoire. Commentateur du match et auteur du « allez mon petit bonhomme » de légende au bout de cette après-midi mexicaine suffocante, Thierry Roland aimait à dire qu’il s’agissait d’un des plus beaux matchs de football qu’il ait vu. Il faut dire que ce quart de finale – qui aurait pu être une finale – réunissait celles qui étaient probablement les deux formations les plus belles à voir jouer de l’époque. 

Après son échec en 1982, le Brésil se présente au Mondial 86 autour de joueurs d’exception comme Zico, Socrates ou Careca. Le football vif et technique des sud-américains régale, et nombreux sont ceux qui voient dans la Selecao un prétendant au titre final. De l’autre côté de l’Atlantique, la France se présente dans les meilleures dispositions. Championne d’Europe en titre, elle compte dans ses rangs le triple Ballon d’Or Michel Platini, qui, avec Jean Tigana, Alain Giresse et Luis Fernandez, forme le célèbre « carré magique » redouté par tous. Cette équipe de France est belle à voir jouer. Si certains questionnent aujourd’hui le style des Bleus version Deschamps, la sélection d’Hidalgo est souvent appelée le « Brésil européen ». Ca tombe bien, ce match sera un derby du football pur. L’arbitre roumain Ioan Igna lance les hostilités.

Sous la chaleur écrasante, le Brésil prend rapidement les commandes de la partie. Les jaunes monopolisent le cuir, et concrétisent leur domination par un but de Careca au terme d’une superbe action collective. 4 minutes plus tard, les Brésiliens trouvent le poteau de Joël Bats. Les Bleus sont au bord de la rupture. Les débats s’équilibrent, et peu avant la pause, sur un centre de Rocheteau disputé par Stopyra dans la surface, la balle parvient à Platini au second poteau. Le numéro 10 pousse le ballon dans la cage et s’offre un but de prestige le jour de ses 31 ans. Un partout à la mi-temps.

« A la mi-temps, on ne se dit pas grand-chose. On fait partie d’une génération qui se connaît tellement qu’on n’a plus besoin de trop se parler. On écoute Henri [Michel] qui nous dit qu’on est sur la bonne pente, qu’il faut y croire.. A la reprise, je me souviens qu’il fait chaud, que le ballon va d’un camp à un autre. Après le match, on me dira : “Michel, le ballon n’est jamais sorti pendant ce match.” Nous, on ne se rend pas compte sur le terrain, on est une équipe joueuse, passionnée de football. » Michel Platini (Le Monde)

Dans cette deuxième mi-temps d’un très haut niveau, ce sont encore les Brésiliens qui se montrent les plus dangereux. Ils percutent les montants par deux fois. A 20 minutes du terme, Joël Bats fauche Branco dans la surface et concède un pénalty indiscutable. Les auriverde célèbrent avant même la transformation. Bien mal leur en prend : le portier tricolore, excellent toute la partie, réalise la parade cruciale. Il faudra disputer les prolongations.

Les prolongations, justement, sont dures pour les Français. Giresse n’est pas au mieux. Platini accuse lui aussi le coup. Blessé au genou, il joue sous infiltration et peine à tenir physiquement. Malgré l’usure, le meneur de jeu de la Juventus lance parfaitement Bruno Bellone en profondeur d’une passe dont il a le secret. L’attaquant français est percuté par le gardien mais n’a pas la présence d’esprit de tomber. Le jeu se poursuit, Platini enrage. Sur la contre-attaque, Socrates manque le KO. Les dieux du foot ne veulent pas départager ces équipes. Les tirs au but s’en chargeront.

Dans une séance irrespirable et un stade acquis à la cause des Brésiliens, les Bleus, bien lancés par un arrêt de Bats, marquent un pénalty gag qui voit le ballon heurter le poteau, rebondir sur la tête du gardien Carlos, puis rentrer. Rien ne semble pouvoir arrêter la France. Rien, sauf son plus grand joueur. 4ème tireur, Michel Platini envoie sa frappe dans les tribunes du Stade Jalisco. Peu importe, c’est écrit, ce match de légende sera Français. Julio Cesar frappe sur la barre, laissant l’occasion à Luis Fernandez d’envoyer les Bleus en demi-finale. Un contre-pied plus tard, la France valide son incroyable performance et élimine le Brésil au terme d’un match d’exception, classé depuis au panthéon du football.